Songe Farouche de la Lune Guerrière

Te voilà donc, étranger. Mes sœurs ne parlent plus que de toi, depuis ton arrivée sur l’île. Je me devais donc de faire ta connaissance à mon tour : j’estime leur opinion, mais je tiens aussi à me faire ma propre idée à ton sujet. Je n’aime pas les bavardages frivoles, et je ne crois jamais les rumeurs. J’aime les choses concrètes, et je crois en mon instinct. Ma réputation me précède probablement, mais laisse mon me présenter en bonne et due forme : je suis Edona, la Dame Rouge. On m’appelle aussi la Guerrière. J’ose espérer que c’est à cause de ma force de caractère, et non de la couleur de mon aura. L’association de ma lumière rouge à la couleur du sang des soldats est d’un tel cliché qu’il m’exaspère. Enfin, j’imagine que si une chose est utilisée au point de devenir un cliché, c’est qu’elle contient une part de vérité, mais bon. Il faut quand même avouer que même si la créativité n’est pas mon domaine, un tel manque d’imagination reste un peu désolant. On m’appelle aussi la Muse des Mouvements. Bien que j’apprécie l’image à laquelle ce nom est associé, je dois avouer que je trouve ce nom un peu fleur bleue. Si on me demandait mon avis, je préférerais la Chorégraphe, ou quelque chose du genre. La danse est mon créneau, après tout. 


Tu ne vois pas le lien ? Il est pourtant évident. Qu’est-ce qu’un champ de bataille sinon une chorégraphie bien rodée ? Quelle différence y a-t-il entre les arts martiaux et la danse ? Aucune, si tu veux mon avis. Tout est dans le contrôle, la discipline, et l’intention du mouvement. Ce sont trois éléments clés qui font d’une personne un bon guerrier. Je me suis jurée de les perfectionner jusqu’à ce qu’ils soient considérés comme une forme d’art. De cette façon, un drame tel que celui qui est survenu lors de cette fameuse escarmouche contre les Anciens Dieux ne se reproduira plus. J’étais encore jeune, à l’époque. Trop jeune, peut-être. Mon manque de maturité nous a nuit, à toutes les six, et Saria en a payé le prix. J’aurais dû réaliser plus tôt que j’étais celle parmi nous qui avait le meilleur pouvoir de frappe, et que je ne devais pas m’attendre à ce qu’elles soient capable de faire les mêmes choses que moi. Enfin, il ne sert à rien de m’apitoyer sur mon sort. J’ai appris ma leçon. On ne refait pas le passé, et le futur est devant, pas derrière. Pas question de faire comme Callia et de vivre dans le déni jusqu’à en noyer le monde. 


Comment ? Ah, oui, cette légende ridicule. Enfin, probablement pas si ridicule que ça, en fait, puisque Carlos est réellement mon mari, mais… Bon, d’accord, il est aussi vrai que nos premiers échanges furent à propos des débordements… aquatiques de Callia, mais je jure qu’il est tout à fait faux de dire que je l’ai embobiné pour qu’il s’acquitte de la tâche contre son bon vouloir. Nous étions tous les deux parfaitement d’accord sur ce point. Carlos était simplement hésitant quant à la façon de traiter la chose, alors je lui ai donné mon point de vue, et je l’ai encouragé à prendre action, mais l’initiative vient de lui. J’insiste sur ce point. Si tu tiens absolument à parler de nous à tes semblables, voyageur, assures-toi de bien le leur faire comprendre. Je te l’ai déjà dit : je déteste les ragots. Si tu parviens à faire cesser ces commérages agaçants à notre sujet, tu tomberas dans mes bonnes grâces. Cela pourrait t’être utile, un jour. Enfin, la décision t’appartiens, évidemment.


Trêve de bavardages : le jour s’apprête à se lever. Tu devrais retourner vaquer à tes occupations, et moi aux miennes. Saches que je suis très satisfaite de cette rencontre, et que j’attends avec impatience de voir ce que le futur te réserve. Je crois pouvoir dire que nous nous reverrons, étranger. Mes sœurs te l’ont déjà dit, n’est-ce pas ? Je n’en dirai pas plus, cependant : l’avenir parlera bien de lui-même. Par ailleurs, trop en savoir pourrait te nuire. Pour le moment, contente-toi de savoir que tu pourrais te retrouver impliqué dans certains événements au cours d’un avenir plus ou moins rapproché. Nous te le ferons savoir lorsque le moment sera venu. Au revoir, donc, voyageur. Fais bonne route d’ici-là !

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